Le BIG DATA à l'ère de l'immatériel:  de l'intelligence à la veille économique
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Le BIG DATA à l'ère de l'immatériel: de l'intelligence à la veille économique

Nous vivons aujourd'hui dans une économie mondiale dématérialisée, ou la principale source de création de richesse constitue l'information, convertie en connaissance ou savoir. Les entreprises évoluent alors dans un nouveau contexte, fait de concurrence et de coopération, dans lequel la conduite de leur stratégie repose sur leur capacité à accéder aux informations afin d’anticiper les nouveaux marchés potentiels et les stratégies des concurrents. Ainsi, selon l'OCDE, les pays consacreraient environ 15 à 20% de leurs budgets à l'économie du savoir et de la connaissance, via une stratégie d'intelligence économique.

Cet article a un double objectif: d'abord, éclaircir la notion de Big data, et tout ce qu'elle comporte comme sources, problèmes et controverses. Il s'agit également de faire le lien avec les notions d'intelligence et de veille économique et d'en apporter les différenciations. Le second objectif étant de présenter un Etat des lieux des politiques adoptées en matière d'intelligence économique, à l'échelle mondiale, en vue d'une analyse comparative.

Qu'est ce qu'on entend par BIG DATA? Qu'est ce que l'intelligence économique? Quelle en est la différence par rapport à la veille économique?

Le BIG DATA consiste en la collecte du maximum d'informations au sein de l'entreprise, par analogie à l'OPEN DATA, qui concerne les informations disponibles au grand public sur les open sources. AMAZONE est par exemple pionnière en matière de BIG DATA. Elle prépare les commandes de ses clients avant même que ceux ci ne les lancent grâce au BIG DATA. Le SMART DATA quant à lui, est l'intelligence économique augmentée.

L'intelligence économique vise ainsi à collecter, analyser, valoriser, diffuser et protéger l'information économique et stratégique. Elle appelle à une stratégie réfléchie entre les acteurs publics et privés, locaux et nationaux, partageant l’information stratégique obtenue légalement à des fins de développement et d’efficacité productive.

Alors que l’intelligence économique est ponctuelle, le processus de veille a quant à lui un caractère permanent.

Quelles sont les problématiques et les controverses liées au BIG DATA?

Les problèmes du BIG DATA tournent autour des 5V:

1- le volume: la masse d'informations est immense et en croissance intense.

2- la vitesse; ainsi les données parcourent le monde à la vitesse de la lumière

3- la variété de l'information: les données sont de natures très différentes.

4- la véracité de l'information qui constitue le plus grand souci du BIG DATA.

5- la valeur de l'information: toutes les informations n'ont pas la même valeur.

La relation entre intelligence économique et BIG DATA est bilatérale. L'intelligence économique permet au BIG DATA d'être utilisé à bon escient pour déceler par exemple les stratégies des concurrents.

Le BIG DATA quant à lui, permet à l'intelligence économique, de trouver de l'information stratégique et de s'en nourrir. Quatre aspects sont à analyser autour du BIG DATA:

1- l'aspect défensif du BIG DATA: grâce aux informations que le BIG DATA peut traiter, il est possible d'identifier, d'analyser, de traiter des signaux pour se prémunir contre une attaque potentielle.

2- l'aspect concurrentiel: le BIG DATA permet d'identifier, de profiler les concurrents, d'où une veille concurrentielle efficace.

3- l'aspect jeu ludique: le BIG DATA à travers la transmission de données, peut s'opposer à des risques réglementaires et juridiques, liés à la propriété intellectuelle.

4- les sources de l'information, et là nous évoquons les cinq sources: SIGINT, HUMINT, OSINT, IMINT, GEOINT.

Qui sont les Etats précurseurs en matière d'intelligence économique? Quelle est la position de la Tunisie dans cette nouvelle toile mondiale de la connaissance et de l'intelligence économique? Peut- on parler d'une réelle politique gouvernementale en la matière?

A l'échelle internationale, le Japon fut un des premiers Etats à consacrer du temps et du budget à l’intelligence économique.

Quant aux Américains, ils semblent avoir découvert cette notion dans les années 1980 notamment grâce à Michael Porter, le spécialiste en stratégie concurrentielle. C'est pour cela que le concept a été axé au départ principalement sur la veille concurrentielle. Par la suite, il fut introduit par Mr Bill Clinton dans la politique de l'Etat; et c'est ainsi que le "State Craft" a été adopté par le Pentagone à l'époque de Hillary Clinton. En 1993, Clinton mène la CIA vers la diplomatie économique. L'innovation occupe une place très importante dans l'économie Américaine, ainsi concernant le budget de 2008, 143 Milliards de dollars ont été investis dans les travaux de recherche.

En 1999, la CIA crée INQ-TEL, un fonds américain de capital-investissement à but non lucratif créé et géré par la Central Intelligence Agency. Son activité consiste à investir dans les Start up Américaines, pour être au courant des grandes tendances dans la recherche scientifique et les accompagner par la suite. Le but étant d'assurer la maitrise des technologies du futur lié au Knowledge management, la recherche d'informations, la sécurité et les NTIC. Le US Small Business Administration est une agence indépendante du gouvernement américain ayant pour but d'aider, conseiller, assister et protéger les intérêts des petites entreprises. Ainsi, environ 100 Milliards de dollars /an ont été accordés aux petites entreprises. Elle a été créée par le Small Business Act, une loi votée en 1953, qui a été une source d'inspiration pour beaucoup de pays, par ailleurs.

La France, de son côté, publie en 1994, le rapport MARTRE, dans le cadre de la démarche du Commissariat général du Plan, lancée dans les années précédentes, pour comprendre les facteurs immatériels de la compétitivité. Ce rapport constitue la référence en matière d'intelligence économique en France.

Cependant, on ne peut évoquer le domaine de l’intelligence économique sans faire allusion aux avancées remarquables de deux pays que sont : L’Estonie et Israel. L’Estonie suscite en effet l’admiration à l’échelle mondiale et constitue le pays le plus digitalisé au monde. Avec des moyens relativement faibles, elle a créée le E digital VISA, en vue d’une meilleure adaptation à la numérisation du marché du travail.

Pour la Tunisie, on commence à voir quelques timides tentatives d'intelligence économique, dans le secteur public, privé et universitaire, à travers les organismes du CEPEX, ATIE, et la création en Mars 2018 de la TABC qui lance le CAVIE (Centre africain de veille et d'intelligence économique), qui dispose de quatre objectifs:

1- anticiper toute action ou évènement qui risque d'avoir des effets négatifs sur le marché de l'emploi. (Veille concurrentielle).

2- mettre en place une stratégie de veille pour développer les IDE en Tunisie.

3- mener des travaux de synthèse et des évolutions semblables sur des pays comme la Tunisie.

4- l'influence

Or on sait très bien que la transformation digitale est un phénomène mondial, qui va toucher toute l'économie d'ici quelques années, à travers l'industrie 4.0. Cette dernière se reflète dans la convergence de l'intelligence artificielle, de l'internet des objets, de la robotique et de l'impression 3D. Ainsi, les grandes entreprises mondiales pourront produire plus et en dépensant moins cher, soit avec une meilleure optimisation. Ce qui engendrera un risque de Reshoring, conduisant à un impact immédiat sur le marché de l'emploi. A titre d'exemple: une machine snowbot textile peut produire environ 800000 articles / jour et n'a besoin que de six personnes pour la faire fonctionner. Lacoste, à titre illustratif, produit 12millions d'articles /jour. Pour avoir un ordre de grandeur sectoriel, en Tunisie, actuellement le textile emploie 130000 personnes.

Il revient au gouvernement et au ministère de l'industrie de penser sérieusement à ce problème en amont de la crise, de mettre en place des organismes de veille auprès des grandes multinationales pour comprendre leurs intentions (reshoring ou pas), d'analyser et de rechercher de nouveaux moyens pour attirer les investissements directs Etrangers et enfin d'assouplir les mécanismes de couverture des changes, tout en définissant une politique industrielle durable respectant la triple bottom approche ( TRI financier/ TRI économique en termes de création d'emplois/Protection de l'environnement).

Imen Chahed